Dans ma pratique sculpturale récente (2013), je questionne la présence palpable du vivant sous la matière et la façon dont l'être humain est perçu par celui qui le regarde. Chaque sculpture est associée à une mise en scène. Elle est incluse dans un environnement, voire imbriquée en lui. Elle coexiste avec l'objet ou la matière capable de la révéler, objet déformé ou détourné pour en puiser le sens.

 

L'intimité surgit malgré moi de ma connaissance des autres. Je ne travaille jamais d'après photo ni modèle. Au contraire, je cherche à puiser mes ressources loin de la conscience. Mes sculptures prennent vie l'espace d'un mouvement, au travers d'une kyrielle d'expressions vivantes imbriquées en une identité. Parfois le front est haut, le sourcil froncé, la bouche en défense. Un muscle change et le visage est égaré, perdu, comme si l'instant d'avant n'existait plus, inscrit déjà dans son vécu mais toujours en vie, en devenir. Je cherche à laisser mes visages là où ils vivent, au hasard de leur déformation, dans un amusement serein ou un désir strident, comme figés dans leur propre poésie. La matière devient écorce, tantôt dure et imperméable, tantôt grossière, brute et nue. Si certains grès sont explorés, moulés, en attente d'un émail qui viendra les révéler, l'autre choix sera d'exposer la terre crue, si humaine dans son extrême fragilité.

 

 

Sophie Tirabosco est née à Marseille, dans une famille où elle est nourrie par la musique et les arts. Son père est dessinateur de bandes dessinées. Enfant, elle passe des heures à l'observer dessiner, comme elle aime illustrer les histoires qu'elle s'invente.

Enseignante à Genève, musicienne et auteur de pièces de théâtre musical, elle donne une trentaine de concerts par an. Sa passion pour la sculpture sur terre apparaît plus récemment, comme une évidence parlante. Dès la première fois, c'est un coup de foudre avec la matière. Avec force et frénésie, l'artiste laisse remonter ce qu'elle perçoit de sa connivence avec l'autre, lorsque le ressenti transparaît jusqu'à devenir déchiffrable. Son atelier au GUS (Genève) lui permet de s'exiler sous la glace, au coeur de l'iceberg. Pour elle, arts visuels et arts vivants sont indissociables. En sculpture comme en musique, il s'agit de nouer une relation. Il faut la vie, le mouvement, le rire ou la peur.